Former l’Ingénieur Citoyen

Monsieur Gros Bidon

lundi 2 novembre 2009

Avant et même après publication, il y a eu débat sur la pertinence de la critique qui suit, et du livre même (« Monsieur Gros-Bidon) par rapport à la notion d’ « Ingénieur Citoyen ». Certes, le héros de l’histoire est un « poulbot juif new-yorkais » qui deviendra politicien et juge de cour d’assises, les autres deviendront commerçants, artisans, financiers, « psys », bandits (pardon : gangsters) etc. et il n’ya probablement pas d’ingénieur dans le scenario (quoique… le scenario est si riche qu’il y en a peut-être un ou deux dans les coins…). Pas d’ingénieurs, donc. Mais « citoyens »… ils le deviendront tous, pour le meilleur et pour le pire, et d’une citoyenneté forte et typée (la citoyenneté américaine) en sortant de leur « melting pot »des bas fonds. Alors, quelle pertinence et quel intérêt pour un « ingénieur citoyen » ? Nous vous laissons vous faire une opinion, au gré de la lecture, et nous vous retrouvons à la fin pour un « épilogue » qui revient sur la question.

1- Référence bibliographique

Auteur : Samuel ORNITZ

Titre : Monsieur Gros Bidon

Editeur : Rivages/Noir

Année : Décembre 2008

2- Contexte

Samuel ORNITZ est né à New York en 1890, dans une famille d’émigrés Russes juifs plutôt aisés. Son œuvre écrite est courte, et « Monsieur Gros Bidon » (1923) en est le sommet, suivi par une carrière de scénariste sans relief à Hollywood. Mais il fut l’un des « Dix de Hollywood » qui, en 1947, résistèrent aux pressions de Mac Carthy pour « donner des noms » dans la chasse anticommuniste de cette période. « Monsieur Gros Bidon » est un petit monument pour la description des arcanes de la société juive new-yorkaise, notamment côté pègre.

3- Contenu du livre

Le livre prend l’apparence d’une autobiographie (ce qu’il n’est pas). Son héros (Meyer Hirsch) est le fils unique d’une très pauvre famille juive russe immigrée dans le « Lower East Side » de Manhattan. Entre école rabbinique et bande de vauriens de Ludlow Street, il fait une carrière qui l’amène à la politique et à la magistrature (il finit juge de cour d’assises). Autour de lui, un kaléidoscope de personnages véreux ou idéalistes, dont son oncle, parfait capitaliste (et fier de l’être) exploiteur de la misère des immigrants, ses frères. Il est rare de pouvoir disposer d’une vue aussi panoramique, et à la fois aussi incisive, d’une société si typée, et dont sont démontés, précisément, les stéréotypes.

4- Critique

Dans cette sorte de roman picaresque des bas et hauts fonds juifs new-yorkais, il n’y a jamais de temps faible, on est toujours en éveil. Ce « road movie » est l’occasion d’une collection de portraits les plus divers, à la psychologie finement ciselée. On admirera notamment celle du « Juif professionnel » (suivre ce lien), qui est prémonitoire à une époque où le sionisme est à peine balbutiant et l’Etat d’Israël encore dans les limbes. Mais ce « Juif professionnel » est cousin de « l’Irlandais professionnel » ou de « l’Italien professionnel » qui naviguent dans les mêmes parages et qui, finalement, forment une symbiose, malgré le catholicisme grégaire des uns et le judaïsme tout aussi grégaire des autres. Il y a même parfois une telle symbiose qu’un « melting pot » folklorique se crée, combinant la gigue irlandaise et les rythmes juifs d’Europe centrale en un mélange détonant et éblouissant. Il y a aussi la saga des syndicats et des patronats, avec bandes armées mercenaires « à l’américaine » etc. Lecture fortement recommandée.

Epilogue

Depuis notre lecture de ce livre et la rédaction de sa critique, nous avons appris qu’allait être organisé, en France, un débat national sur « l’identité française » (ou un débat français sur « l’identité nationale », comme on voudra). Peut-être aurait-on pu dire « un débat national sur la citoyenneté française » ? Mais bien que la signification soit en principe identique, on sent que « le poids des mots » n’est pas le même : « citoyen » a des réminiscences que n’ont pas les mots « national » ou « identité ». Eh bien, chers ingénieurs citoyens, si vous voulez participer à ce débat national qu’on nous propose, vous serez un peu plus « aguerris » après la lecture de « Monsieur Gros-Bidon ». Vous y verrez comment se forge, (pour le meilleur et pour le pire, répétons-le), une « identité nationale » qui n’est pas toujours « citoyenne », et en prime, une religion, qui surplombe toutes les autres : celle du billet vert sur lequel est écrit : « In God we trust ».


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